Avant la rupture, une lente descente (épisode 1/?)

Publié le par Spacky

[Dans cette nouvelle catégorie, une série d'article sur le chômage, mon chômage. Une expérience difficile, où on ne sait pas grand chose sur ce qui se passe, et dont le vécu est à des années lumières des facultés de théorisation de nos gouvernants. Ci-dessous, le premier épisode, qui en fait retrace le cheminement qui m'a conduit au chômage. Je ne suis pas né chômeur, il y a une évolution. J'espère vraiment pouvoir vous écrire la fin de cette chronique sans en retarder indéfiniment les épisodes, mais comme on dit à Hollywood : en cours d'écriture.]



     1 juin 2007.

     Hier, je posais le stylo sur la dernière copie du dernier examen du dernier diplôme de ma fort longue carrière d’étudiant. J’achevais enfin sereinement une aventure un peu mouvementée, entre des débuts où je n’avais ni discipline ni travail, abandonnant les études de philosophie sans jamais m’être donné une véritable chance ; puis me ressaisissant alors qu’on m’accorde, contre les critères en vigueur, une seconde chance à l’école hôtelière. Un BTS sans faute et bien classé, malgré un premier stage difficile dans une entreprise qui ne mérite même pas qu’on la cite. Malgré les désillusions d’un « esprit famille » qui se révéla en fait être un « esprit touche pas à ma tranquillité », j’entrais avec joie en « Maitrise ». Là, les difficultés personnelles, matérielles et liées à mon caractère  ont bien failli avoir raison de mes ambitions, mais finalement, ce 31 mai 2007, je tournais la dernière page du chapitre étudiant sur une victoire. Je savais que le lendemain même commençais ma vraie carrière, celle pour laquelle on sacrifie durant ses études, la vie professionnelle. J’embauchais, pour mon premier CDI, avant même que les copies ne soient corrigées, comme adjoint de direction, agent de maitrise, dans un hôtel-restaurant.

     Le 1 juin 2007, un jour en avance sur mon anniversaire, je m’offrait la victoire sur le jugement d’échec de l’année 2000. Tout allait bien.

      Mais.

     Au fur et à mesure de cette année passée à Hautepierre, des difficultés se sont faites jour. Surtout une difficulté. Comment travailler avec quelqu’un qui ne pense qu’à saboter l’entreprise. Comment satisfaire à ses responsabilités d’adjoint quand face à l’antijeu, l’agression permanente d’une seule personne, on a pour devoir de rester pur et innocent, irréprochable. Où puiser ces ressources émotionnelles, ces contre-mesures émotionnelles, quant personne ne vous apprend à le faire ? À cette époque, il m’arrivait de recevoir des propositions d’emploi. Je me sentais désiré, sûr de mes capacités. Aussi, le jour où j’ai eu peur de craquer, peur de frapper mon agresseur, peur de perdre mes clients pour ne pas pouvoir les satisfaire avec une équipe amputée, ce jour là j’ai décidé de plaquer mon boulot pour un autre. Comme on plaque sa copine juste parce qu’elle n’est pas assez parfaite, certain d’en retrouver une mieux le soir même. Au départ, je n’ai pas été déçu, j’ai même eu du mal à choisir entre les postes qui s’offraient à moi. Finalement, le 27 aout 2008, au lendemain de ma démission, j’étais dans le train pour Paris, mon nouveau poste m’attendait. Mieux payé, un échelon au-dessus du précédent, je devenais sous-directeur, je croyais encore en ma victoire.

 

     28 aout 2008.

     Paris, ou plutôt région parisienne, à dix minutes en taxi de la tête de ligne RER.

     Nulle part, en fait, quand on n’a pas de voiture. Citadin chevronné, je me retrouvais coincé. Mon boulot me plaisait beaucoup, je plaisait moins à mon nouveau patron. En arrivant à l’hôtel où je logeais dorénavant,- j’avais donc donné mon congé à mon bailleur-, j’appris que le Directeur avait recruté un autre adjoint, et celui-ci ne me cacha pas que s’il l’avait connu avant moi, il eût été sous-directeur à ma place. L’homme, un ancien directeur, expérimenté, doté d’une allure sûre, et exhalant de ses 1m85 une autorité naturelle, méritait, c’est vrai, ce poste mieux que moi.

     Cependant, j’ai méconnu la compétition qui s’était instaurée. Juste après le mi-septembre, le Directeur avait pris sa décision, dont il m’informa le 28 : le 01 octobre, je serais dans le train, fin du rêve.

     Choqué, déçu, je m’en voulais suffisamment à moi-même pour renoncer à faire valoir les quelques jours de prévenance auxquels j’avais droit. De fait, littéralement expulsé, sans une salutation, je me retrouvais, le 01 octobre, chômeur et SDF. L’amitié et la famille ont fait que je n’ai pas eu à dormir dehors, mais quatre mois et demi de rotation sur les canapés des uns et des autres m’auront coûté quelques amitiés. Au pain et au toit, je devais bientôt ajouter ce qui fait le sel de la vie. Je me demandais alors tous les jours, et parfois encore aujourd’hui, quelle erreur, quelle faute, avait pu me coûter autant ? Quelle justice gouverne à ce résultat, alors que j’ai vu des gens manifestement méchants et incompétents, faire survivre leur emploi par une pratique pointue des règles, et quand celui qui prétend m’offrir sa confiance commence déjà à me remplacer ? Je n’imaginais pas encore ce que je vis aujourd’hui.

     N’ayant pas pris de vacance depuis juin 2007, et apprenant qu’ayant démissionné de mon précédent poste, je n’avais droit à aucune aide, je m’accordais la conscience légère un bon mois de repos. J’en avais besoin pour passer l’émotion du moment, pour profiter un peu de la compagnie de ceux que je ne voyais jamais, pour prendre le temps aussi de m’apprécier un peu.

     Professionnellement, il me restait quelque assurance, je me répétais à m’en convaincre qu’une fois n’étant pas coutume, je ne devais pas douter de mes capacités. Et de fait, dès novembre, à peine décidé à me remettre à l’ouvrage, je trouvais le jour même des missions d’intérim, et surtout, en quelques jours, je trouvais un poste de réceptionniste à Strasbourg. Très correctement payé, sans grande difficulté, dans une ambiance franchement meilleure que dans mes précédentes expériences, j’avais tout pour être heureux. Trouver un logement était cependant plus difficile. J’avais puisé dans mes économies et ne pouvait plus me permettre, dans l’immédiat, ni de payer une agence, ni de devoir verser un dépôt de garantie trop élevé. Quand une offre correspondait, il m’arrivait de tomber sur un propriétaire qui publiait l’annonce le jour de son départ en vacances. Le bailleur insouciant ne vit décidément pas dans le même monde que le travailleur qui squatte un canapé sans disposer des clefs pour rentrer chez pas-lui.

     Dans mon ambition, subsistait l’idée qu’avec une Maîtrise d’école de gestion, et une expérience d’un an que j’estime réussie, je me devais de ne pas me contenter d’un poste de réceptionniste dans une entreprise qui étant très familiale, ne pouvait rien me faire espérer en interne. Y avait-il urgence à partir, à peine embauché ? Non. Cependant, quand un poste d’adjoint de direction avec logement s’est offert au réceptionniste squatteur, ma décision fut prévisible.



     9 février 2009.

     Je pars pour Sochaux.

     Bien accueilli, une affaire qui attaque la crise avec talent et détermination, des conditions avantageuses (pas de coupure, un logement de qualité, -un vrai studio équipé, comparé à la chambre d’hôtel premier prix qu’on m’avait accordé à Paris, et que je devais intégralement libérer les soirs où je n’y étais pas), j’étais comme le Pape.

     Comme à chaque fois, j’y croyais fort. Trop peut-être. Convaincu d’y être pour longtemps, j’ai vécu sans aucune prévoyance, ce qui me posera problème rapidement. J’avais cherché à ne pas me retrouver dans les reproches qu’on avait pu me faire. Pour ne pas me mettre l’équipe à dos, je me suis mêlé comme je croyais pouvoir le faire à eux. J’étais à côté de la plaque. Rapidement, je commettais des erreurs. Des erreurs matérielles, des erreurs de jugement, des oublis, des fautes. J’en commettais plus en un mois à Sochaux qu’en un an à Strasbourg. Aujourd’hui encore je me demande ce qui ne fonctionnait pas chez moi. Ce fut une descente cauchemardesque. Plus j’essayais de travailler proprement, plus je me plantais. Nul, nul et re-nul. Quand le Directeur prit sa décision, je n’avais, en conscience, aucun argument pour me défendre. J’en avais vraiment envie, mais comme en amour, l’envie sans talent est plus anxiogène qu’autre chose.

     Et le 10 mai 2009, commençait pour moi vraiment le chômage, mais ça, c’est pour le prochain épisode.

Publié dans Chômage.

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steph 02/12/2009 10:30



Je pensais aussi faire un récit de ma période de chômage, finalement j’ai préférer boire et oublier.


 Ton heure viendra jeune looser


 



Spacky 02/12/2009 19:15


Ils sont pas nombreux à avoir les moyens de m'appeler "jeune". Merci de tes vœux, mais... t'as pas une bière ?