Petit exercice critique.

Publié le par Spacky

     En naviguant de blogs en blogs, je tombe sur un article parlant du voile. Un commentateur insère à l’appui de son opinion homologuée chez Marine et Jean-Marie, ces deux documents.

 


     Ce sera pour moi un bon exercice de lecture critique.

     Le camembert est cité pour renforcer l’idée que les auteurs de viols en réunion sont avant tout Maghrébins, et pour les trois quarts d’entre eux  Africains. J’ai retrouvé un résumé de l’article du docteur Patrick HUERRE qui me permet de restituer ces chiffres sereinement.

     L’histogramme est sensé nous montrer, lui, qu’aux victimes majoritairement d’origine France de faits graves, s’opposent des auteurs majoritairement issus de l'Algérie, et d'Afrique du Nord.

 

     Mon propos dans cet article ne sera pas de prouver le contraire, mais d’illustrer avec quelle prudence il convient d’aborder ce genre de chiffres dont la signification est faible et la pertinence douteuse. Au contraire, il est largement possible, sans même avoir accès aux sources, d’en formuler une critique préliminaire assez infirmante.

      Qu’est-ce qu’un chiffre ? C’est un relevé de quantités dans un contexte donné. On cherche à formuler des hypothèses à vérifier sur les causes d’un fait donné, en tentant de rapprocher des tendances. L’hypothèse n’est jamais démontrée par la statistique, aussi pointue soit-elle, cette dernière ne permet que d’inférer des hypothèses plus ou moins probables, et plus ou moins précises.

 

     Commençons par l’histogramme.

     Son titre désigne les faits jugés par la Justice.

     Son sous-titre désigne des « faits graves ».

     L’absence de définition de « faits graves » doit déjà susciter la méfiance du lecteur. Quand la Justice condamne, les faits jugés ont été qualifiés en application du Code Pénal, et sont classés par ordre décroissant de gravité en crimes, délits et contraventions. D’autres catégories par nature peuvent être effectuées, par exemple emploi de la violence (ou non), en réunion (ou non), infraction sexuelle, atteinte aux biens, infractions routières, escroqueries, etc.… L’énoncé « faits graves » ne renseigne ni sur la nature des faits inclus dans la statistique, ni sur la gravité juridique des faits étudiés. Ce qui pose d’autant plus problème que l’histogramme est juxtaposé au camembert qui lui parle explicitement de « viols en réunion », un crime sexuel aggravé par la circonstance « en réunion ».

     La définition de « l’origine étrangère », qui a le mérite d’exister, car il appartient à celui qui communique des chiffres d’expliciter la nature de ce à quoi ils correspondent, comme il a été expliqué au paragraphe précédent, est « définie par la naissance d’un ou des deux parents à l’étranger. Plusieurs remarques surgissent.

     Premièrement, là encore, alors que les faits étudiés sont sensés être d’origine judiciaire, la définition des données n’est pas juridique. Ayant un ou deux parents nés à l’étranger, on peut être français, suivant l’application du Code Civil à chaque cas d’espèce. Ayant ses deux parents nés en France, on peut ne pas être Français, notamment si on fait le choix d’une autre nationalité à laquelle on avait le droit, du fait par exemple de la filiation, ou d’une naturalisation.

     Ensuite, il ne vous aura pas échappé non plus que, selon cette définition, ceux nés d’un parent né en France et d’un autre né à l’étranger (lui-même français ou non), sont automatiquement rangés dans la catégorie «origine étrangère », ce qui gonfle mécaniquement l’effectif de cette catégorie. Ce choix, car s’en est un, on eût pu appliquer les catégories légales, la nationalité du condamnée étant nécessairement établie par la procédure, est à interroger, et doit rester présent à l’esprit si on prétend interpréter les chiffres.

     Le camembert.

     Sur le camembert, on se contentera de signaler l’absence de millésime. Sur quelle période a été réalisée l’étude, à quelle date ? L’absence de cette information tend à la présenter comme une vérité durable, alors que tout au plus, il ne peut s’agir que d’une photographie, plus ou moins honnête, d’un fait, à une époque donnée, et selon un certain point de vue. Les origines mentionnées ne sont guère mieux définies que précédemment, ni surtout la source d’information, car comment connait-on le chiffre des viols si ce n’est par voie judiciaire, forcément amputée de la part laissée au silence, ou par voie d’extrapolation, donc par approximation ?

 

     Honnêteté intellectuelle.

     Evidemment, je ne cache pas ma profonde suspicion à  l’encontre de la personne qui a publié ces dessins. Son interprétation est celle d’un lien de causalité entre l’origine géographique des géniteurs, et la tendance criminelle, ce que cette personne appelle d’ailleurs le « racisme anti-blancs ». Je vais donc procéder à une critique de l’interprétation.

     Une autre critique possible des chiffres tient au moment du processus analysé auquel est pris l’échantillon. Explication. Le sujet d’intérêt, ici, c’est de savoir s’il existe une influence de l’origine ethnique sur le comportement criminel.

     Nous savons déjà que le commentateur anonyme que je critique ici ne prend pas soin de distinguer l’origine ethnique comme cause première de criminalité, de l’effet que joue l’origine ethnique sur les capacités qu’a chacun de réussir dans une société plus ou moins ouverte à la diversité ethnique. Du reste, une explication aux origines d’un comportement criminel ne doit jamais passer pour des excuses ou une source de dérogation au droit commun. Mais la réponse à apporter à l’influence de l’origine ethnique sur la criminalité n’est pas la même si on pense que cette origine provoque la criminalité ou si à l’inverse, la réaction de la société à cette origine conduit à un rejet de cette société, rejet matérialisé par la criminalité. Cela, les chiffres ne le disent pas.

     Or donc, ces chiffres sont prélevés à l’étape de la procédure judiciaire. Ils concernent donc des prévenus (pour les expertises judiciaires) ou des condamnés. Avant d’être prévenu ou condamné, et après avoir commis des faits, il faut que ces faits parviennent à la connaissance des autorités. Un premier filtre est ici tout ce qui empêche les faits de parvenir à la connaissance des autorités. Dissimulations par les auteurs ou leurs complices, absence de plainte.

     En matière de violence sexuelle, il est au moins rare que la victime se signale auprès des autorités, surtout si elle est jeune, surtout si elle vit dans le même quartier que les agresseurs qu’elle connait, surtout enfin si son contexte social et culturel tend à culpabiliser la victime du viol.

     Ensuite, les autorités doivent rechercher les auteurs, et peuvent ne pas y parvenir.

     Chacune de ces étapes peut être l’occasion d’une déformation entre la population des auteurs réels, et la population des personnes jugées. Ces déformations ont pour une bonne part peu d’effet sur la représentation ethnique, d’autre peuvent y influer. Loin d’affirmer que l’institution puisse être raciste, il serait contraire au formalisme d’affirmer bêtement, sans le vérifier rigoureusement, qu’aucun déterminisme n’intervient dans la recherche des auteurs ou le dépôt d’une plainte.

     Le même sentiment de rejet de la société qui peut faciliter la commission d’un crime, peut dissuader de porter plainte. Par ailleurs, s’il se trouve des internautes pour ne pas douter de la motivation ethnique de certaines infractions, il peut s’en trouver au sein des autorités. Enfin, il peut être plus facile à une personne intégrée de dissimuler ses actes, de faire pression sur la victime, de ne pas être contrôlé fortuitement, etc.…

 

 

     Les motivations de la criminalité.

     Le docteur Patrick HUERRE, dont les chiffres ont servi à la confection de ce camembert, n’a pas réalisé une étude exhaustive des faits jugés en France. Son article, d’où sont tirés ces chiffres, porte sur une synthèse de cinquante deux expertises judiciaires réalisées sur une période de quinze ans. De plus, l’étude ne porte pas sur les seuls viols, mais sur les viols, agressions et attouchements sexuels. Une palette plus large, allant du crime au délit, et disqualifiant l’intitulé du camembert. La faiblesse de ce nombre ne permet pas d’inférer de valeur statistique, et c’est l’auteur de l’étude qui le dit : « Si elles ne permettent bien sûr pas d’établir un profil du délinquant sexuel agissant en groupe, leur lecture donne une série d’informations définissant un groupe de sujets assez homogène sur bien des points. ». Et quelle est la définition « assez homogène » ?

      Réponse :



« Si notre échantillon est trop petit pour l’affirmer avec certitude, on peut tout de même avancer l’idée que ce type d’infraction est l’apanage de sujets jeunes, […] sont conscients de leur difficulté et de leur échec scolaire bien que présentant une bonne projection dans l’avenir […], adolescents sont issus pour la quasi totalité de familles modestes, résidant dans des banlieues, bien entendu en zone urbaine […], la profession exercée par les parents est toujours peu qualifiée et peu gratifiante […]. »


      Les chiffres ethniques du camembert sont bien-sûr dans l’article, mais sont à mettre en perspective avec ces « quasi totalités » qui sont par là même bien plus parlantes. Enfin, si les auteurs d’infraction sexuelle en réunion sont « quasi » tous issus de quartiers modestes en banlieue urbaine, il est simplement naturel, insignifiant, que leur profil ethnique soit celui des habitants de ces quartiers, le profil ethniques des personnes qu’on a logé là il y a des dizaines d’années, quand la France a fait appel à eux.

 

     La critique sera la même pour la lecture de l’histogramme, dont la clef est donnée par l’article du Monde :

« Deux sociologues ont étudié l'environnement des jeunes jugés pour des faits graves à Grenoble. Ils cumulent les handicaps : pauvreté, alcoolisme d'un parent, échec scolaire, immigration récente. PAUVRETÉ, échec scolaire, violence familiale, immigration récente : les mineurs délinquants ont un profil de « damnés de la Terre ».Telle est la conclusion à laquelle sont parvenus Sebastian ROCHE et Monique DAGNAUD. Ces deux sociologues du CNRS ont réalisé une étude originale sur les dossiers des mineurs jugés par le tribunal de Grenoble (Isère) entre 1985 et 2000. »

 

 

     Conclusion

     Déformer légèrement la qualification des faits étudiés, puis les définitions employées, puis la portée de l’étude, et enfin mépriser carrément l’analyse du scientifique à l’origine des données chiffrées, ensemble me parait caractériser la fourberie intellectuelle. Infraction au Code de l’Honneur contre laquelle il n’existe aucune justice répressive, mais dont on peut se prémunir par un exercice simple de l’esprit critique.

     Le remède contre la violence, qui est une source d’injustice, n’est pas une injustice plus grande. Il faut identifier les racines du mal, parmi lesquelles, indubitablement, la pauvreté et la privation de perspectives sociales satisfaisantes,-on vit dans certains endroits de la République dans la croyance forte que jamais la République ne permettra de s’émanciper de conditions matérielles faméliques. Tout discours moralisant, adressé par des privilégiés à des moins privilégiés, est considéré tantôt comme une ineptie, tantôt comme une insulte.

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