Tiens-tiens...

Publié le par Spacky

Je vous avais parlé ici de la façon dont on peut lire des "faits" en général à partir d'un exemple sur des études très discutables menées sur la criminalité ethnique.
Un sophiste célèbre a déclenché un débat sur la possibilité de dire que les prétoires sont fréquentés par une clientèle à dominante ethnique caractéristique.
Beaucoup de gens ont d'ailleurs réagit sur l'aspect prétendument xénophobe du constat de fait : alors que le fait, lui, existe ou n'existe pas, c'est bien son interprétation qui pose problème. Or l'interprétation qu'en fait le trublion télévisuel ne m'intéresse pas, car j'ai plus intéressant à lire. Il est troublant néanmoins que certaines personnes semblent préférer une restriction à la liberté d'expression que de s'en servir à leur tour pour rétablir un discours raisonnable. Ce penchant est vicieux.

Phillipe Bilger tente donc le soutien du "fait" et de la liberté d'expression, mais semble s'enferrer dans l'interprétation nauséeuse dudit fait. Maître Eolas consomme alors l'inversion des rôles, en requérant contre l'avocat général, avec certes une élégance méritoire. C'est, je crois, Sub Lege Veritas qui a le mot de la fin : "Ce que traite la justice pénale n’est pas un miroir de la société, c’est une effraction du regard collectif sur... ses marges."

En effet, le monde n'est que faits. De ces faits cependant, rare est la matière digne d'inférer à la règle. La science a dans son histoire montré le parcours exigent et aride que nécessite la mise en évidence de liens de causalité.


Quant au sophiste, comme à la grande époque de la profession, il compte en bénéfices numéraires sont envolée lyrique sur le teint hâlé du box des comparutions immédiates, brillante analyse dont la profondeur et la richesse m'interdisent, par pure jalousie, de vous donner un lien vers une œuvre pourtant fascisante fascinante.

L'Avocat Général, lui, qui fait preuve de longue date d'une compétence tant professionnelle que littéraire, devra s'expliquer devant son supérieur hiérarchique, pour avoir tenté d'orienter le débat vers la question de fond, qui serait " Que doit-on penser de la surreprésentation de certaines populations dans le box ?".

La liberté d'expression a donc de beau jours devant elle, puisque elle se résume à laisser aux vociférant le loisir de vociférer et à interdire aux raisonnants de nous inciter à raisonner. C'est un peu comme si un officier de Gendarmerie chercheur au CNRS à ses heures perdues n'aurait plus le droit de commenter son travail de chercheur au CNRS. Peut-être que la censure de demain devra susciter notre vigilance non sur les sujets traités mais sur les personnes qu'on autorise encore à parler en public.

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