Pourquoi la Faluche?
La Faluche est un folklore pratiqué par un petit nombre d'étudiants qui se réunissent autour de l'idée qu'être étudiant, c'est aussi partager un sort commun. Etudiants, si certains nous considèrent comme des fainéants ou des privilégiés, nous faisons pourtant l’expérience d’une vie difficile et incertaine.
Certes, la chance que constitue le droit et la possibilité de suivre une formation qui devrait, dans plusieurs années, nous faciliter une vie professionnelle, voir intellectuelle, meilleure, est un avantage considérable. Cependant, le travailleur qui nous observe d’un oeil méprisant, parfois jaloux de notre jeunesse, parfois jaloux de nos mirobolantes perspectives, parfois jaloux tout simplement de notre bonne humeur, oublie facilement qu’aujourd’hui, les études ne sont plus un privilège tel qu’il put être au dix-neuvième siècle.
Aujourd’hui en effet, aucun étudiant n’est assuré de son avenir, ou peut-être alors certains carabins en internat, et encore, toutes les spécialités ne se valent pas. Aujourd’hui toujours, un diplôme, en tant que promesse de potentiel, sanctionne peut-être des compétences, mais ne garanti ni salaire, ni même emploi. Pis encore, le chemin vers ce diplôme est des moins sympathiques. Il faut en effet accepter, et même assumer, de suivre des cours dans des endroits délabrés, en sur-effectif, mal chauffés l’hiver (le professeur fait de la buée en parlant), mal aéré l’été, mal isolé le reste de l’année (il m’est arrivé de voir des gouttes d’infiltration tomber sur ma copie d’examen, en l’an 2000 en France), de vivre en collectivité, de manger mal, et d’être déconsidéré. Je ne m’étendrai pas cette fois ci sur la description du quotidien de l’étudiant, déjà parce que les étudiants le connaissent, et qu’ensuite il n’a aucun intérêt pour les autres.
Je citerai néanmoins la récente proposition de Loi de Monsieur Richard MALLIÉ, qui dans son exposé des motifs rappelle :
Déjà en 1998, le Haut Comité de Santé Publique mettait en garde contre ces risques en indiquant dans son rapport « La progression de la précarité en France et ses effets sur la santé » : « Il existe un problème d'intégration des jeunes dans la société, qui peut conduire à une absence de perspectives d'avenir et à un sentiment d'inutilité générateurs de mal-être, voire d'une véritable souffrance psychique à l'origine de comportements à risques... ».
Malheureusement, en 2006 on ne peut que constater que les chiffres confirment et valident cette prévision : en effet, 10 % de nos étudiants sont sujets à des pensées suicidaires au cours de l'année universitaire, comme l'a montré récemment l'enquête santé nationale USEM/FNORS de juin 2005. De même, s'agissant de la souffrance psychique, alors que le baromètre santé 2005 de l'INPES montre que 8,5 % des jeunes de 15-24 ans ont souffert d'un épisode dépressif caractérisé au cours des douze derniers mois, il a également été démontré que, sur ce type de pathologie, le recours aux soins est plus faible chez les 15-24 ans, que dans les autres tranches d'âge.
Il existe une foultitude de moyens de lutter contre ces sentiments négatifs, plus ou moins pertinents, plus ou moins accessibles, plus ou moins réalistes (entamer une thérapie médicamenteuse en période d’examen relève de l’ineptie). Parmi les meilleures solutions figurent celles qui font appel à la sociabilité. La Faluche est l’une d’entre elle. Avoir des amis, faire des rencontres, réaliser des choses ensemble, ce que font déjà les associations étudiantes, les Faluchards le perpétuent après la fac. Les Faluchards sont d’ailleurs presque tous des associatifs. Si leurs rites se veulent rabelaisiens, paillards, voir parfois franchement obscènes, c’est par dérision d’une société moralisatrice et hypocrite à laquelle ils ne se sentent pas appartenir, ni réciproquement. Les jeunes faluchards sont de nos jours majoritairement des filles, et réunissent dans les même soirées débridées des athées, des chrétiens, des juifs, des musulmans, des gays, des tristes, des lesbiennes, des Français, des Belges, des Marocains, des Turcs, des Alsaciens et même des Bretons, de vrais apolitiques, des gauchos cheveux longs et des droitiers made in UMP. Je connais même un chat Faluchard.

C’est pourquoi je suis heureux, depuis février 2000, d’être de ces gens qui ont un drôle de chapeau, qui boivent de bières en chantant des chansons, et qui ont pour seule règle martiale de toujours être ouverts aux autres étudiants, et plus si affinité. Je suis heureux aussi de celles et ceux qui m’ont pris pour parrain et à qui j’ai eu l’honneur de faire découvrir ces réjouissances, et qui forment désormais une famille, ma famille, faite de filles et de garçons de différentes religions, origines et ambitions.
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