Lac de signes.

Publié le par Spacky

J’aime beaucoup la musique classique. Parmi mes œuvres préférées, le Lac des Cygnes. J’aimerais vous le faire découvrir.

 

 

 

Le pitch

 

 

La fête prend place au village en l’honneur du Prince dont c’est l’anniversaire. Mais le Prince est mélancolique et ne prête guère attention aux sollicitations. En effet, s’il est célibataire, il ne s’intéresse guère aux candidates trop nombreuses. Soudain, deux chasseurs reviennent du bois avec un air émerveillé : ils ont découvert un lac étrange et magique en pleins bois. Le Prince se rend au lieu de la découverte et assiste à son tour au bal des Cygnes sur l’onde calme. Les Cygnes se métamorphosent en jeunes femmes. Elles sont prisonnières de Rothbar le sorcier et de son sortilège qui ne leur rend leur forme humaine qu’à la minuit et jusqu’à l’aube. Seul un amour véritable saurait les délier de l’enchantement. Le Prince tombe justement amoureux de la belle Odette, et la convie à le retrouver lors du bal du Palais où il pourrait la désigner comme élue de son cœur (c’est bien fait la vie, quand même).

Suit un long troisième acte de bal princier qui semble calme jusqu’à ce que soudain tout à coup subitement Rothbar n’introduise au bal Odile, l’avatar noir d’Odette, qui n’est qu’une illusion destinée à perdre les amoureux. Prisonnière à l’extérieur du palais, Odette ne peut que pleurer en voyant Odile séduire le Prince jusqu’à en obtenir un baiser. Rire maudit de Rothbar.

Odette s’enfuit dans le bois. Le Prince la rejoint, mais il est trop tard. Odette se meurt d’amour déçu, le sortilège est scellé tandis que les jeunes cygnes lui chantent une ode funèbre. Le Prince la rejoint et périt à son tour dans les flots déchaînés (selon les interprétations, mais je pourris les gentils précieux qui font survivre les amoureux). Rothbar peut triompher sur fond de plainte des chœurs.

 

 

 

La musique

Commençons par l’aspect le moins sympathique. Il semble que Tchaïkovski ait cédé quelque peu à un certain formalisme en faisant de son troisième acte une musique d’accompagnement pour un ballet de démonstration : sa longueur ne semble pas justifiée par un élément dramatique évident. Pour moi, on peut aussi considérer cela comme un contraste volontaire entre la vaste étendue d’un univers monotone et l’intensité des brefs moments de vie de l’âme.

Pour le reste, c’est du pur bonheur. La musique est toujours bien écrite avec Tchaïkovski. Le thème de Rothbar (et non du cygne) est décliné sur différents instruments. Au doux hautbois pour Odette, à la perçante flûte pour Odile, chemisé de cuivres puissants pour Rothbar, soutenu aux percussions lors de son triomphe final, alors qu’en arrière-plan, les cordes pleurent les héros défaits.

Des traits de génie parcourent cette œuvre. Par exemple ce thème de Rothbar qui en est le leitmotiv célèbre, en mineur sur toute l’œuvre jusqu’à la scène final où il devient majeur, renforçant l’impression du spectateur par un son alors inattendu. Le rire de Rothbar à la fin du troisième acte, par cette façon de jouer son thème d’une rythmique imitant les « ha ha ha ».

 

 

 

La morale.

Ces histoires trop rares qui osent nous montrer des fins tristes aux héros ratés. L’impossibilité de l’amour parfait est révélée, dans un monde dominé par les apparences. La vanité qui réside dans les serments les plus vifs. C’est aussi le choix final de l’amour, de la fidélité, de l’identité (dans un mouvement aux accents socratiques), au détriment de la victoire terrestre d’un Rothbar triomphant mais frustré de n’avoir pour seule victoire celle de son pouvoir. On peut aussi penser autrement et considérer que la mort des amants symbolise la fatuité de leurs illusions. Il n’y a pas de vérité définitive sur le sens de cette œuvre magnifique, tout comme il n’y a pas de chorégraphie unique. J’ai beaucoup aimé la production qu’en a donnée l’Opéra du Rhin ces dernières années, qui substitua à l’amour contrarié du Prince et d’Odette une homosexualité refoulée par le Prince à l’endroit d’un Rothbar humain et éprit. Une grande réussite.

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