Chères études
Tandis que les organisations étudiantes se battent pour éveiller le politique et l’opinion publique sur la condition de misère organisée dans laquelle les étudiants doivent vivre et travailler, tandis qu’elles luttent également pour obtenir des moyens pour les étudiants et les établissements d’enseignement supérieurs, le gouvernement continue à laisser filer une politique de désengagement de l’Etat, faisant la promotion de l’endettement comme moyen privilégié de financement des études.
Si l’ALINE représente une avancée sur la forme, sur le fond elle reste un traitement au mieux homéopathique d’un malaise profond. Derrière l’inaction d’un gouvernement situé entre De Villepin et De Nagy Bocsa, se dessine de plus en plus ostensiblement une idéologie qu’il convient de dénoncer. En effet, le « petit ministre »*, président du parti umpique, annonce sa préférence pour le développement des prêts « à taux zéro » garantis par l’Etat. Non seulement ce mode de financement suppose que l’étudiant assume un risque personnel dans son choix d’étude, l’incitant donc à raccourcir ses études s’il dispose de peu de ressources, et prolongeant donc la reproduction sociale ; de plus, il n’y a guerre que cette élite politique nationale pour croire encore que les banques prêtent indifféremment aux riches comme aux pauvres. C’est à se demander comment le petit Nicolas a pu si longtemps gagner sa vie en tant qu’avocat d’affaires, avec une candeur aussi désuète. Cessons de rêver, c’est un énième retour de la théorie libérale qui consiste à désengager l’Etat de tout sauf du monopole de la violence légale (« la Force Publique »). Théorie qui plait à ceux qui ont les moyens de vivre au dessus de la condition du commun et qui souhaitent que la société leur laisse les privilèges en patrimoine héréditaire. Non seulement cette façon de penser la politique n’est qu’une syndication d’intérêts privés parfaitement contestable, et ci-fait contestée, mais en plus elle représente une réelle menace sur l’économie du pays. En effet, la faculté d’innovation, la capacité d’adaptation, et donc la compétitivité, de tous groupe humain est une résultante non seulement de ses moyens historiques (donc le patrimoine matériel et intellectuel transmis), mais aussi et surtout de sa diversité intrasèque. Ce n’est pas en renforçant la reproduction sociale que la France trouvera les réponses aux enjeux économiques et environnementaux qui se posent aujourd’hui. Un cadre qui accède à sa carrière avec la certitude du patrimoine hérité n’a rien à apporter à sa communauté, il ne fait que perdurer. Il est temps que ceux à qui ces dirigeants compte confisquer le droit en l’avenir s’intéressent à ces questions. En effet, les véritables profiteurs du taux d’abstention, de la mauvaise réputation des politiques et du débat public, sont ceux qui considèrent avoir quelque chose à perdre dans le pluralisme de notre démocratie. S’étonne-t-on encore des luttes indigestes entre deux aristocrates gouvernementaux, dérivant dans des pratiques auxquelles personne de sensé ne peu souscrire ? C’est justement parce que ces gens souhaitent que personne de sensé ne s’intéresse plus à leurs projets d’appropriation des biens et des pouvoirs.
Aujourd’hui plus que jamais, les études supérieures ne sont pas, ne doivent pas être, un privilège, mais une chance. Une chance pour les enfants de familles laborieuses et/ou déshéritées de s’accomplir dans un destin qui doit s’ouvrir non pas au plus chanceux, ni au plus allaité, mais aux plus compétents et aux plus justes. Une chance pour la nation, et par prolongement inévitable depuis la mondialisation, pour toute la planète, que les idées et les compétences soient distribuées et portées par la population la plus variée et la plus représentative qui se puisse être.
A bientôt, donc, non seulement dans les urnes et les AG, mais aussi dans vos orgas militantes!