Souvenir de plage.

Publié le par Spacky

Voici l’histoire d’un bonheur simple et authentique. C’est dans la modestie de ses six mes six sens que je trouve mes plus grandes extases. Début mai entre deux enrochements de la côte d’azur, une petite plage encore esseulée par un agréable début de saison. Faisant face au couchant, la plage offre au baigneur un lent dénivelé que les rayons d’un soleil nu tiédissent de leur lumière. Le lent et subtil ressac d’une Méditerranée aux accents lagunaires murmure à mon oreille une geste apaisante. Allongé au bord de l’eau, je dors en écoutant mon corps. Par mon dos et par mes mains, couchés sur le sable chaud, je perçoit la vibration d’une Terre reposée. Entre deux bruissements de feuilles effleurées par une bise printanière, je crois entendre le fourmillement sourd d’une vie presque microscopique qui s’agite parmi les branches, les pierres et les grains de sable. Tandis que la chaleur tellurique, franche et douce, me rend somnolent, l’ardeur du soleil, elle, joue ave les brises rafraîchissantes. Cette valse entre l’air et la lumière me maintient en un éveil léger. L’eau enfin, timidement poussée par une mer paresseuse, lèche me pieds comme pour arroser un végétal, creusant à chaque passage des sillons autour de mes talons. La plage se dérobe ainsi sous mes chevilles tandis que mon esprit s’évade vers des pensées irréelles. La plage bientôt quitte l’univers du réel et m’emporte, voyageur unique, dans le songe de ma bien-aimée.

Tu es là à présent, auprès de moi, je pense ta présence sans qu’elle se matérialise. Bientôt, je sens ta main dans mes cheveux, comme ça, les doigts posés délicatement sur ma tempe. La douceur de ta peau complète la scène dans une perfection sensuelle. Ta main, cette main que j’aime embrasser, caresser, aimer. Cette main que j’aime rejoindre de la mienne, car avec ces mains il y a tant de choses à construire, à partager, à donner. Derrière ta main, je suis capable de te dessiner tout entière. Ton visage aux contours si tendres, à la bouche de miel et au nez enfantin. Tes cheveux qui ondulent comme une musique douce et que j’aime tant caresser. Ton corps de femme aux courbes enivrantes, aux seins ronds et aux jambes délicates. Cependant, d’une seule caresse le long de mon torse, mimant la brise à laquelle je m’abandonnais, tu donne à mon corps une fièvre nouvelle. Un torrent électrique se déverse sous ma peau, parcourant ma nuque, jusqu’à affluer en mon crâne. En écoutant ton souffle, je crois respirer ta présence. La plage voyageuse me donne alors un plein sentiment de sérénité. Tu es là, juste auprès de moi, et c’est un prélude au bonheur. C’est ainsi que j’aime à m’abandonner à la subtile volupté de l’imaginaire. Les sens répondent avec toute l’acuité coutumière aux expériences matérielles, et ne s’embarrassent pas de l’encombrant quotidien.

Lorsque ma torpeur s’estompe, que mes paupières se déchirent en laissant le Soleil pénétrer mon esprit, ta présence rejoint le monde des rêves et me laisse seul au bord de l’eau. Je peux alors remettre mes pieds sur le sol et mon corps dans le sens de ceux qui marchent. Ce voyage fut trop court sans être raté, il t’a emmenée auprès de moi sans te déranger, il t’a abandonnée où je t’avais trouvée. J’emporte avec moi, souvenir de cette plage au couchant flamboyant, ta caresse qui me rend vivant. La marque s’essouffle déjà sur ma poitrine tandis que je m’en retourne au monde des humains et des choses. N’était-ce donc qu’une promesse, un premier nez d’un merveilleux breuvage dont le foudre conserve jalousement le mystère ? Cette dégustation m’a séduit. Je porte en moi avec encore plus de force le désir de te revoir, de te retrouver, et de t’aimer.

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