Pour une Université d'Alsace...
Les grosses têtes du campus de Strasbourg réfléchissent en ce moment à la réunion des universités strasbourgeoises, voire, à plus longue échéance, alsaciennes avec l’UHA. Cette ambition qui surgit de façon presque surprenante dans un contexte très défavorable (voir plus loin) dans l’esprit d’un certain nombre de responsables universitaires de la région, est une opportunité magnifique pour les associations étudiantes qui soutiennent la fin des clivages. Les raisons historiques qui ont amené les mitoses universitaires dans les années qui ont suivi mai 68 sont liées à la volonté de fractionner le monde étudiant, sous couverts de souplesse, de démocratie et autres balivernes. Aujourd’hui, ce système en trois universités abouti à d’importantes disparités dans les conditions de travail des étudiants comme des personnels à Strasbourg, mais aussi dans les perspectives d’avenir offertes par les différents cursus. Etudier à Marc Bloch ce n’est pas disposer des mêmes moyens, ni de la même structure d’accueil, qu’à Louis Pasteur. Quant à l’image de marque de l’Université…. Le concept de pôle d’excellence a rouvert le débat sur l’intérêt d’une Université Strasbourgeoise, si non Alsacienne. Si l’ULP peut à elle seule devenir un petit pôle d’excellence, ni l’URS, ni l’UMB, ni l’UHA ne peuvent y prétendre. Enfermer le débat dans un rejet idéologique du rapprochement c’est condamner les étudiants de ces universités.
L’intérêt.
Deux objectifs sont à rechercher. Le premier, matériel, consiste dans le redéploiement des moyens sur une université commune, ce qui non seulement donnerai aux étudiants un accès égal à des ressource plus importantes (documentation, services administratifs…), mais permettrai aussi de transférer des économies d’échelle vers des secteurs en souffrance, tels la vie étudiante et la politique sociale universitaire. Le deuxième objectif, plus scientifique, consiste à mettre fin à des clivages disciplinaires pénalisants. Aujourd’hui, le CAPES d’histoire géographie se prépare indifféremment en histoire à l’UMB, en géographie à l’ULP, sans cursus interdisciplinaire. Les langues, et surtout l’anglais dit de spécialité, ne dispose pas des ressources linguistiques de l’UMB pour les filières URS et ULP. Le rapprochement permettra en revanche de penser de nouvelles formations, notamment en master professionnel, animées par l’interdisciplinarité, et donc plus pertinentes du point de vue professionnel. Sociologie, Psychologie et Sciences Criminelles ; Ingénierie du son et Mécanique (Physique) ; Sciences Humaines et Statistiques (Mathématiques). De nombreux éléments de formations existantes sont représentés comme des échantillons, avec des structures étroites, dans les université qui ne sont pas spécialistes. Le rapprochement permettra de distribuer avec davantage de réalisme la qualité scientifique de chaque domaine de recherche vers l’ensemble des formations. Géographiquement, il faudra s’attendre à une redistribution des filières. D’une part pour mettre fin à certaines aberrations (comme le parcours kilométrique hebdomadaire de l’étudiant en Staps), d’autre part pour valoriser l’ensemble des sites existant. Et pourquoi ne pas, à terme, transférer toute la Chimie alsacienne à Mulhouse ?
Les défis.
Ces projets soulèvent néanmoins des difficultés. Le fractionnement actuel distribue de nombreuses baronnies à des cheffaillons attachés à leur galons d’adjudant et à leur primes de charge administrative. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les élus étudiants n’ont jamais osé rêver un tel rapprochement jusqu’à ce que l’idée se répande parmi les présidences d’université. Les UFR devront se redessiner, de petites filières devront aller s’installer chez d’autres, oubliant une autonomie inutile et dispendieuse. Par ailleurs, certains étudiants minoritaires commencent déjà à exiger « des garanties », comme si les filières concernées avaient quelque chose à espérer d’un isolement fatal. Comme si les étudiants des mêmes filières souhaitaient ne pas pouvoir avoir accès aux mêmes avantages que l’ensemble des étudiants. Comme si la solitude de ces militants était un art de vivre. L’intérêt des étudiants est de faire entendre aujourd’hui leurs voix, leurs idées et leurs propositions, sur un sujet qui reste largement à explorer, et qui pourra donner à l’Université d’Alsace les ailes d’une future grand université européenne, capable de s’associer avec ses voisins Lorrains, Suisse, Allemand et Luxembourgeois.