Brazil

Publié le par Spacky

Quand les journées s’éternisent derrière mon PC de fonction, à taper des formules et des textes sans fin, je pense à un de mes films fétiche. Le clown et immense cinéaste Terry Gilliam a commis entre autre Monty Python's the meaning of life, L’Armée des 12 singes, Les Aventures du baron de Münchhausen, Las Vegas Parano et avait tenté L'homme qui a tué Don Quichotte. Le film qui perce mes journées de Sisyphe de bureau est bien évidemment Brazil. Ce film est un mariage malheureux entre une histoire d’amour (ou plutôt un désir fantasmé comme une grande histoire romantique), et un état dictatorial à l’autorité déshumanisée (et non pas inhumaine : dans Brazil la tyrannie est une forme politique se déployant dans son propre intérêt et échappant au contrôle des chefs du gouvernement eux-mêmes, soulignant l’absurdité d’un système que Friedrich von Schiller eût qualifié de sauvage.) Le personnage principal, Sam Lowry, n’est pas un héros. Il est l’esclave sans ambition d’un système qu’il connaît pourtant mieux que le commun des sujets. Toute sa fantaisie est projetée dans la rêverie et il évite consciencieusement de bousculer la machine en dépit de ses aberrations. Jusqu’au jour où il croise, par accident, l’incarnation de son idéal féminin. Le rêve le poursuit alors et Sam Lowry tente de mettre à son service la machine écrasante. Il fait à la même époque la rencontre du terroriste Tuttle, servi par Robert de Niro qui passait par là durant le tournage d’Il était une fois en Amérique, qu’il semble admirer mais ne pas comprendre le message. Le voyage dangereux de Sam Lowry dans le système absurde est prétexte à de délicieuses scènes pleines d’ironie acide sur la bureaucratie, et d’humour décalé (la chorale de la police est une perle). Sam Lowry accumule les erreurs et les prises de risques, jusqu’à faire écrouler sur lui un système dont le premier réflexe est de détruire toute velléité non conformiste. Le cheminement devient évasion, puis course-poursuite, et pour finir capture et mise à mort. Dans da défaite, l’esprit de Sam Lowry trouve alors une échappatoire originale et surhumaine, dont je préfère vous laisser la surprise.

Le film est soutenu par la chanson populaire qui donne son titre au film, Brazil, dont les variations habillent les différentes scènes de rêverie, de séduction, de lutte et d’évasion. L’air entraînant devient obsédant (un excellent outil de promotion du film ;-) ). Ce film est très proche, dans son univers visuel, de L’Armée des 12 singes, un film qui mériterait également un article sur ce blog. Par ailleurs, le décor surchargé de tuyaux chaotiques, qui sont un résumé d’une société si exagérément organisée quelle enterre le concept d’ordre sous un monceau de formalités, a été plusieurs fois repris, notamment dans la Science Fiction. Terry Gilliam fait partie des rares réalisateurs dont plusieurs de ses films le rendent chacun indispensable. Brazil me fait non seulement rire, et vibrer un peu, il me fait aussi aimer la liberté, celle qui est le fruit d’un état d’esprit et pas du pouvoir qu’on exerce sur autrui. C’est un film libérateur à l’approche d’un paroxysme des politiques de répression de toute subversion. Ce film dénonce la couardise du troupeau humain qui brade sa faculté de juger en échange d’un discours protecteur et paternaliste. Ce film fustige les vanités qui nourrissent la machine en croyant obtenir ses faveurs par le jeu de leurs flatteries serviles. Très actuel dans son approche de la « sécurité » et du « terrorisme » (à ceci près que le terrorisme d’aujourd’hui ne vise pas seulement notre système politique mais aussi nos modes de vie intimes et personnels), comme tente de l’être V pour Vendetta qui est un film beaucoup plus viril, plus manichéen et unidimensionnel. Brazil est aussi plus politique et psychologique que ne le sont les farces des Monty Python, qui ne manquent pourtant pas de sens subversif, mais qui ne sauraient avoir le mauvais goût de se prendre trop au sérieux. En résumé, un excellent DVD pour cette rentrée, une bonne soirée, du plaisir et du sens.

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article