M101 mon amour.

Publié le par Spacky

Dans quinze jours, je serai de retour au FEC. Le FEC est de ses maisons strasbourgeoises dont l’histoire détaillée remplirait un livre entier. Des différentes ailes de l’ensemble actuel, certaines ont un passé religieux, d’autre aristocrate puis bourgeois, et le Monaco, enfin, qui doit soit nom à un établissement quasi clandestin. Le FEC a d’abord été le lieu de réunion de la jeunesse aristocrate de Strasbourg aux temps où il y avait un lieu de culte par pâté de maisons, dont la chapelle adjacente qui aujourd’hui abrite deux niveaux de chambres. Plus tard, la chapelle fut convertie en salle de spectacle, tandis que les Frères de Matzenheim installèrent une maison disciplinaire pour adolescents. C’est le Frère Médard, moine original et homme de convictions, qui lança l’idée d’un foyer pour étudiants et qui, parfois peu soutenu face aux adversités, fit de ce lieu le foyer d’aujourd’hui. Le FEC est une institution catholique, donc, mais de cette branche de l’Eglise turbulente et emprunte de modernisme. Depuis l’instauration de l’hétérosexualité, pardon, de la mixité sexuelle, par son actuel directeur l’abbé et Maître de Conférence Hiebel, le FEC accueille une importante population féminine. Les puristes frustrés de l’époque révolue regrettent le temps des douches communes viriles et des savonnettes abandonnées. Le FEC est bien vivant.

Ses couloirs anciens et alambiqués (il est possible de faire le tour complet du FEC sans se retrouver à l’étage de départ, bienvenue chez Möbius) ne sont pas ces allées de prison aveugles qui donnent tant de charme aux cités universitaires. Le Fécard sort de sa cellule monacale pour offrir à son voisin le divertissement d’une bouteille de muscat, d’une carte RU à partager, ou simplement d’une présence attrayante brisant la monotonie des révisions. Dans mon étage, le premier Monaco, ancienne maison de passe, donc, les lundi soir, on installe la table dans le couloir, les verres, et on offre l’apéro au passant. Le mardi soir, nous mangeons ensemble au RU, par grandes tablées, avant de nous retrouver à l’Euro Student, la seule cafet’ qui ouvre en bas de chez vous, enfin surtout en bas de chez moi. Le mercredi on se re-retrouve à la cafet’ pour regarder des films sur grand écran, façon la dernière séance, avec le bar à portée de bras. Le jeudi on ne fait rein, parce que le vendredi matin on va en cours, pour pouvoir dire « j’y étais » le week-end suivant à ses parents. De grands événements sont organisés tout au long de l’année. Soirée Saint Nicolas, dîner de Noël, Epiphanie, Chandeleur, Pâques, Soirée des Médards, un véritable programme intensif qu’il faut trouver la force de nourrir de nos idées d’animation, rien ne venant de rien. Les voyages forment aussi la jeunesse, et il n’est pas rare de voir une troupe partir en excursion jusqu’aux confins de l’Europe.

Europe mon amie, c’est au FEC que Robert Schuman et Pierre Pflimlin ont croisé le chemin du Frère Médard, y développant leurs idées et leur ambition commune. Ici toujours, les idées continuent de se rencontrer, lors des soirées de conférence, lors des petits-déjeuners socio-politiques, lors des débats, comme à l’époque du CPE. Dans ce FEC qui accueille durant l’été les étudiants du monde entier venus à l’International Space University, les frontières sont faites pour être franchies, transgressées, dépassées. Foyer doux foyer, camarades qui m’êtes chers, je m’impatiente de ces retrouvailles qui s’annoncent joyeuses et pleines de résolutions dynamiques, dans des matins frileux de février, et dans les nuits agitées d’une place Saint Etienne dévolue à l’incivisme des bourgeois imbibés et/ou mécanisés. Une année encore à ne pas cuisiner de pâtes (c’est interdit), luttant contre une misère étudiante qui ici n’est plus l’outil du système. Le FEC reste ce poil à gratter de la bien pensance d’une société qui ne peut s’empêcher de l’aimer et de le protéger. Le miracle de cette maison, est d’avoir su tourner à l’avantage des étudiants la nostalgie de ceux qui ont connu le plaisir d’une découverte imprévue : un avant-goût de l’humanité.

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L
Ne nous oublie pas kan tu rentres !!!
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