Yukulele Master
Chaussettes m’a demandé de devenir son parrain par une soirée d’ébriété avérée, en marge de je ne sais plus quelle réunion afgessienne où les gens avaient bien mérité un peu de détente. Dans ces cas-là, c’est la réponse type : « tu me redemanderas çà quand tu seras clair… ». Il fut plus clair, il redemanda, le con. L’apprentissage de l’impétrant a été super rapide puisque je l’ai baptisé à peine un an plus tard, en février 2005. Chaussettes est un ami particulier. Le président honnête (d’après un vieux dont je n’ai pas vraiment compris le délire mais allez le lui reprocher en face, on rira bien) doit son surnom (abrégé CHO-7) à son étrange habitude d’évoluer en chaussettes dans les locaux de l’Afges. CHO-7 est un grand rêveur, de ceux qui mettent leurs rêves sur la planche à dessins et en font des plans. Cette année CHO-7 entre en M1 de droit, une bonne année semble-t-il pour la famille (à part, pour l’instant, Emilie, qui a mis les pieds dans le tapis), les derniers résultats arrivant en octobre. CHO-7 chasse les soucis quotidiens en nourrissant des passions saines de futur notable, pardon, notaire. CHO-7 détient en effet une carte verte, lui autorisant l’accès sur les plus beaux terrains de golf, il peut ainsi tailler des bavettes avec les personnalités les plus influentes du monde politique et économique. Parmi ses illustres contacts, le sous-chef du service de podologie de l’hôpital de Sarrebourg, l’adjoint au maire pour le sport, et le professeur principal de sa cousine Pauline en classe de troisième.
Lorsqu’il est à ses études, CHO-7 habite une modeste chambrine dans un quartier un peu encombré, beaucoup d’allers et venues, des personnes pressées, des policiers sourcilleux. CHO-7 prend alors sa 207 de fonction, quand elle n’est pas restée dormir à proximité d’un lieu de réunion où le devoir l’a retenu de trop longues heures. Direction la Fac de Droit, CHO-7 peut alors draguer tout ce qui bouge dans les amphis, enfin, surtout les femmes avec des bottes, parce que les mecs ça le branche pas trop. On lui en ne veut pas d’être hétéro, il en faut aussi. Ben oui, sans hétéro, d’ici à ce qu’on obtienne le mariage joyeux, il n’y aura que les hétéros pour fournir du chiffre d’affaires aux avocats, donc….
Ensuite, quand il a bien travaillé, CHO-7 met le feu à l’ambiance en entamant un concert. Car mon ami est un des plus brillants joueurs de yukulele de au moins tout le canton. Il a déjà joué en concert avec Yvette Horner, les Musclés et même Didier Super. Il est capable de jouer les Suites pour violoncelle seul de Bach.
Avec CHO-7, on fait des barbecue autour de la piscine imaginaire (on attend que CHO-7 devienne notaire pour avoir la piscine), on fait des tea-party furieuses en M101 (le centre de la Terre, du moins si on habite place Saint Etienne), on refait le monde, et même Strasbourg, des fois. Vieux con, c’est un métier. Quand on descend, tels les rois du pétrole à l’âge du solaire, dans la Java, on essaie d’être très professionnel dans notre façon d’exproprier les jeunes touristes qui occupent notre bar, et en sirotant nos Suze en commentant ce qui se passe. Un jour, c’est sûr, on aura une vie. D’ici là, c’est tellement bien d’écouter au fond de nos crânes le brillant écho de notre ignorance. Quand on est trop sobres, on fait appel au troisième larron, mais lui, c’est encore une autre histoire….
Baptême