La porte.
Cette image me revient trop souvent à mon goût, peut-être parce qu'elle me confronte avec trop de justesse à moi-même.
Je vis dans un sentiment de cécité permanente. Celà n'a rien à voir, a priori, avec mes facultés sensorielles, mais avec ma perception sociale. A vrai dire, je me déplace dans cet univers terrestre comme un agent extraplanétaire qui aurait hérité d'une mission d'infiltration sur cette Terre suite à une erreur monumentale de casting.
Je ne me suis jamais réellement intégré ni à aucune famille, ni à aucun cercle d'amis, et encore moins à aucun couple. Ou que je sois toujours un peu ailleurs, sur ma planète d'origine dans une brume nostalgique, ou que je sois trop présent, voulant forcer une cohésion contre-nature.
Victime, je ne le suis que de moi-même, cerné par mon incompétence, par mon inaptitude, par mes lubies et mes obsession, et surtout par moninertie morale, je referme sur moi les rares portes de sorties qui se présentent. J'ai consciencieusement désamorcer les talents qui me furent octroyer, j'ai soigneusement éviter toute réussite et me complait aujourd'hui dans un echec inextricable. Dès lors, je peux pousser ma complainte, destinée à ces compatriotes imaginaires ultra stellaires, feignant de trouver injuste que les indigènes ne l'entendent point.
La solitude se nourrit d'elle-même et enferme l'âme dans une logique de lessiveuse. Les maigres ressources disponiobles sont orientées vers l'aménagement de la cellule, plutot que vers la construction du tunnel. Ainsi, des drames ordinaires, sans bruit ni vague, peuplent le quotidien et marquent mon esprit.
Celà remonte pourtant à bientôt trois ans.
Halloween 2003. La mode commence à s'installer et les petits enfants s'amusent à querir le bonbon sous l'oeuil vigilant de parents ennamourés. Dans ma chambre, je passe le temps avec des lectures indigentes et des DVD non brillants. Rien de prévu, et comme prévu, je ne fait rien. Quand on sonne à ma porte, à l'évidente surprise qu'un évennement aussi rare peut susciter, s'ajoute l'émotion d'une première fois, d'une lueur, d'une ouvertue. La porte s'ouvrirait-elle? A travers le judas, c'est un bambin d'environ sept ans, déguisé en monstre sanguinaire qui fait rire, attend sagement la réponse espérée. Rien dans l'appartment sombre ne laisse deviner ma présence, rien dans mon envirronement choisi ne me permettait de répondre à son attente. Rien, fut donc ma réponse. Je suis rester silencieux et immobile derrière la porte, incapable, épiant la déception du môme comme s'il s'agissait de chez lui, jusqu'à ce qu'il abbandonne et s'en aille.
La pièce fut jouée, la porte demeura close.
C'est moi qui suit rester devant cette porte, c'est à moi qu'elle refusa de s'ouvrir, c'est encore à moi que son propriétaire, ce moi-même, refusa d'ouvrir le passage vers le monde. Je suis tout à la fois le fantôme d'humain, l'imposteur qui jouent sa propre inexistance à l'interieur de la chambre sombre, et l'enfant puni, naif, enfermé à l'extérieur. Contrairement à mon innocente victime, qui alla réparer l'affront à la porte suivante, je revient inlassablement devant la même porte, qui impénétrablement s'obstine à rester morte. Le visage déçu que j'observai dans l'oeuilleton s'est installé sur le mien. Il s'est adopté chez moi.
Si je peux faire une seule chose pour vous, c'est vous donner ce conseil : si vous voyez une porte, ouvrez-là.